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L’Ardèche et l’histoire de France

 

Période préhistorique : aucun gisement en Europe n’offre pour l’une des premières civilisations de l’acheuléen (- 400 000 à - 200 000 ans) autant d’intérêt que celui d’Orgnac où des recherches sont effectuées depuis plusieurs années. Les stations moustériennes (- 80 000 à - 20 000 ans), les grottes ornées (vers - 15000) sont nombreuses dans les vallées du Rhône et de l’Ardèche. Il convient de mentionner tout particulièrement la Grotte Chauvet, découverte le 24/12/1994 sur la commune de Vallon-Pont-d’Arc et dont certaines peintures seraient les plus vieilles du monde (- 32 000 ans). On dénombre plus de 800 dolmens.

Vers 700 avant J.C., le peuplement celte s’ajoute au peuplement néolithique. Ces gaulois, les Helviens, restent en toutes circonstances, depuis 121 av. J.C. des alliés fidèles de Rome. Sous Auguste, leur capitale, ALBA, se développe. Mais la vallée du Rhône est la grande voie de communication par où vont et viennent les hommes, les marchandises, les idées et les religions : celle de Mithra qui laisse un bas-relief à Bourg-Saint-Andéol, et dès le début du IIème siècle, le christianisme.

Les invasions barbares, au Vème siècle, sans doute, détruisent Alba (des fouilles en cours laissent espérer que la capitale de L’HELVIE sera un jour une nouvelle Vaison-la-romaine. Les Evêques, seul pouvoir réel, s’établissent alors à Viviers, situé à quelques kilomètres (siège de l’actuel évêché). De 855 à 1308, le Vivarais appartient au moins nominalement au Saint Empire Romain Germanique. Mais depuis la fin du XIIème siècle, les Rois de France, s’appuyant sur les abbayes et sur certains seigneurs, étendent leur influence. Philippe le Hardis fonde en 1284, en pariage avec l’Abbé cistercien de Mazan, Villeneuve-de-Berg. Ainsi, à partir de 1308, le semis de fleurs de lys remplace l’aigle germanique.

Si la guerre de Cent ans affecte peu le pays, au milieu du XVIème siècle s’ouvre une période tragique de troubles religieux qui durera plus de deux cents ans. Les idées de Luther et de Calvin se propagent à partir de 1528. Les pays Rhodaniens sont très vite gagnés par la Réforme venant de Lyon et de Genève. Des prêtres convertis prêchent le protestantisme dans les Cévennes, le Bas-Vivarais (région de Privas), Annonay, en dépit de la répression exercée par le Parlement de Toulouse contre "l’hérésie".

Les artisans des bourgs propagent les idées calvinistes qui correspondent à leur souhait d’émancipation, relayés par des personnages puissants comme le comte de CRUSSOL et Olivier de SERRES. De 1562 à 1595, huit guerres civiles ensanglantent le Vivarais. Et cependant au milieu de ces luttes auxquelles il participe, Olivier de SERRES poursuit ses expériences d’agronomie et bâtit son oeuvre.

En 1598, l’Edit de Nantes n’apporte qu’un apaisement temporaire. La révolte de ROHAN dans les Cévennes se termine, en mai 1629, par la quasi-destruction de Privas que Louis XIII et RICHELIEU sont venus réduire (voir paragraphe sur la prise de Privas). Un cinquième environ des protestants émigrent. Les autres, terriens fortement enracinés dans leur sol, résistent sur place aux troupes royales : ce sont les "Camisards". La révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685 va faire resurgir le spectre des guerres du siècle précédent. Face au soulèvement camisard (1704-1709) dans les Cévennes et le massif des Boutières, Louis XIV va lancer ses régiments de Dragons pour y exercer une répression sanglante : pasteurs pendus, fidèles envoyés aux galères. Ces "dragonnades" vont provoquer le départ de 500 000 protestants, principalement vers la Suisse.

Malgré cette situation douloureuse, le XVIIIème siècle est une période durant laquelle le pays s’organise et connaît une certaine prospérité. Au plan religieux, l’Edit de Tolérance pris par Louis XVI permet au protestantisme de revivre dans le Vivarais. D’autre part, une institution y joue un grand rôle : les Etats du Vivarais.

Cette assemblée, composée de dix barons et de représentants des villes, doit traiter, avant toute chose, de questions fiscales. Mais elle travaille aussi sans relâche au développement de l’agriculture, de l’industrie, à la création d’un véritable réseau routier. La production de vers à soie augmente grâce à la plantation de nombreux mûriers. Le long des cours d’eau, on installe filatures et moulinages (ateliers où l’on réunit par torsion plusieurs fils de soie).

ANNONAY voit croître ses industries de la mégisserie et de la papeterie. On exploite aussi de petits gisements de houille et de plomb argentifère.

Cette vie économique est à l’image de la société. Quelques grandes familles seulement, ROHAN-SOUBISE, VOGÜE, possèdent d’importantes fortunes foncières. La petite noblesse, le Bas Clergé, la bourgeoisie vivent avec une grande simplicité. Proches d’eux, les paysans connaissent une vie encore plus rude. Les exploitations sont peu étendues, très souvent étagées le long des pentes et il faut encore monter les engrais et descendre les récoltes à dos d’homme. Mais les pires difficultés ne rebutent personne et chacun s’efforce de les résoudre par un travail opiniâtre.

En 1789, presque tous les Vivarois désirent des réformes, plus de liberté, plus de justice mais non une révolution. Chez beaucoup, la fidélité à la foi catholique demeure intacte. Aussi, des adversaires des idées nouvelles peuvent-ils se rassembler en armes à Jalès, dans le sud du pays, en août 1790, juin 1791 et enfin juillet 1792. Des nobles, des prêtres, des religieuses sont massacrés ou guillotinés, notamment à PRIVAS en 1794. Sous le directoire, des bandes de chouans s’abritent dans les Cévennes et la Montagne. Ils enlèvent les caisses publiques et abattent certains acquéreurs de biens confisqués aux émigrés.

L’Empire est bien accueilli, surtout parce qu’il rétablit l’ordre et la paix intérieure.

La première moitié du XIXème siècle sera pour l’Ardèche une période faste. Le nombre des habitants s’élève à 273 000 en 1793 et 388 000 en 1861. (Depuis, il n’a pas cessé de décroître jusqu’en 1962 où il atteint 248 000 pour remonter ensuite à 257 000 en 1975). Jusqu’en 1855, l’élevage des vers à soie constitue, plus que jamais, une source de grands profits. Mais après

cette date, les maladies des vers et la concurrence des soies d’Extrême Orient rendent cette activité peu rentable. En revanche, le moulinage des soies importées qui emploie de nombreuses femmes et jeunes filles issues de milieux ruraux, apporte aux familles paysannes un complément financier toujours apprécié. La région de Privas connaît, jusqu’en 1869, l’activité propre aux régions minières : cette année-là, on extrait 260 000 tonnes de minerais de fer, soit 9,5 % de la production totale de la France. Au Pouzin, à La Voulte-sur-Rhône, six hauts fourneaux sont à feu. Mais les lentilles de minerais s’épuisent assez vite. Les derniers hauts fourneaux s’éteignent au Pouzin en 1929. Une troisième crise atteint le pays à la fin du XIXème siècle : celle de la vigne que ruine le phylloxéra, surtout entre 1870 et 1880.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir la population diminuer sans cesse. Pourtant, les Ardéchois n’ont rien perdu de leur courage et de leur ténacité. Ils le prouvent au combat en novembre 1870 alors qu’ils chassent les Prussiens de Vernon (Eure), de 1914 à 1918, quand ils perdent plus de douze mille des leurs, en 1943 et 1944 quand, sur leur sol, ils s’opposent à l’occupant et entravent sa retraite.

L’après-guerre efface ces souffrances et le Vivarais repart de l’avant, développant les cultures fruitières, la production du vin, l’élevage du mouton. Les industries extractives -chaux et ciments-kieselghur, plomb connaissent une grande activité. La vallée du Rhône devient, peu à peu, une "rue industrielle" qui ne souffre pas du dépeuplement.

L’évolution enregistrée au cours des 25 dernières années, a profondément infléchi ces tendances. En ce qui concerne la démographie, on observe un départ des jeunes vers les agglomérations urbaines et un vieillissement de la population, notamment au sein des zones déshéritées du Plateau Ardéchois. En ce qui concerne les activités et l’emploi, on constate un déclin des activités traditionnelles marqué en 1974 par la crise qui a affecté le secteur textile en général et le moulinage en particulier : difficultés de l’emploi résultant tout à la fois de données structurelles (vieillissement de l’appareil de production) et conjoncturelles, crise de 1974, concurrence des pays en voie de développement.