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Les régions forestières

 

Les grandes régions forestières
L’Inventaire Forestier National (I.F.N.), chargé du recensement de la ressource forestières au niveau national, distingue plusieurs régions forestières dont le taux de boisement varie entre 39 et 60 %.
Elles ne correspondent pas exactement aux régions naturelles du département et prennent en compte la spécificité des massifs forestiers, à savoir les conditions pédologiques et climatiques, ainsi que les essences dominantes.

Les coteaux du Nord Vivarais
Située entre le Rhône et la chaîne des Boutières, cette région occupe tout le nord-est du département. Sa limite sud s’étend à la vallée de l’Eyrieux. C’est une région de collines, pouvant atteindre 800 à 900 m, et de plateaux ne dépassant pas 500 m. Ces derniers sont plutôt à vocation agricole avec quelques bois de pins sylvestres bordés par des châtaigniers. Les versants des vallées sont occupés par des peuplements morcelés de pins sylvestres, chênes et châtaigniers.

Les massifs forestiers les plus importants se situent dans les régions de Lalouvesc et de la Vallée de la Cance. Le lac de Devesset, près de Saint-Agrève, possède des criques où se développe une végétation palustre originale, spécifique des milieux tourbeux.
Quelques lieux, parfois difficiles d’accès, présentent des curiosités forestières susceptibles de faire la joie des botanistes. Ainsi la vallée de Limony colonisée par des micocouliers et des figuiers, les rochers de Saint-Désirat constituant l’une des stations les plus nordiques de la flore méditerranéenne et enfin la vallée de la Cance qui abrite la forêt de chênes verts la plus septentrionale de la vallée du Rhône.

La bordure montagneuse de l’Eyrieux
Elle correspond à la partie méridionale du haut bassin versant de l’Eyrieux, appartenant aux Hautes-Boutières. Les "serres", ou crêtes, qui compartimentent le relief encadrent des vallées très encaissées. Ici plus qu’ailleurs la forêt est une forêt de pente.
Les parties hautes sont occupées par les futaies résineuses (pin sylvestre, épicéa et sapin) ainsi que par la hêtraie. Plus bas, le chêne se mêle au hêtre, au pin sylvestre et au châtaignier. La corniche de l’Eyrieux est le site idéal pour la découverte du Moyen-Vivarais.

La région de l’Eyrieux
Elle décrit un arc de cercle partant de Saint-Péray et passant par Saint-Sauveur-de-Montagut et le Cheylard (versants situés au sud de l’Eyrieux).
Elle abrite des essences forestières variées ; châtaignier, pin sylvestre et reboisement de douglas dans les hautes vallées, chêne, châtaignier et pin plus au sud, enfin garrigue de chênes verts sur les adrets des basses vallées.

Les Cévennes (Hautes et Basses)
Ces deux régions couvrent une zone qui se situe à l’ouest d’une ligne qui va de l’Escrinet jusqu’aux Vans. A basse altitude, de profondes vallées, toujours étroites, compartimentent un paysage marqué par d’abrupts versants. Naguère pays du châtaignier, pilier de l’économie rurale du XIXe siècle, les Cévennes voient leurs vergers aujourd’hui envahis par le pin maritime. Les versants chauds portent des garrigues à chênes verts comparables à celles du Bas-Vivarais.

Vers 900 m commencent les Hautes-Cévennes, pays de "serres" culminant entre 1000 et 1200 m au nord du Tanargue. Le relief typiquement cévenol fait place au sud à un modelé plus doux de hauts plateaux ondulés s’apparentant à la Montagne ardéchoise. Les crêtes y sont souvent dénudées, couvertes de landes, de genêts ou de pelouses. Sur les versants, les peuplements de hêtres et de pins sylvestres se mêlent aux landes. Le col de Meyrand, à 1731 m, offre un large panorama sur la région.

Le Bas Vivarais
Formant le tiers sud-est du département, le Bas-Vivarais apparaît comme un ensemble de basses collines calcaires et marneuses. La forêt occupe les reliefs laissant les vallées à l’agriculture.

Elle se présente souvent sous la forme de peuplements de chênes pubescents et de chênes verts. Le plateau volcanique du Coiron y constitue une unité géographique originale qui domine la région.
À l’ouest, en descendant des Cévennes, le site des Vans illustre bien la transition vers une végétation plus méridionale ; au décor austère des montagnes schisteuses succède la blancheur éclatante des collines calcaires. Peu après le village de Brahic, le passage du schiste au calcaire est extrêmement marqué. Les murs de pierres sèches des anciennes terrasses de culture sont encore bien présents dans le paysage.
Au sud-est des Vans, de part et d’autre du Chassezac, s’étend le chaos calcaire du Bas-Vivarais. Les eaux de pluie, chargées de dioxyde de carbone, ont dissous le calcaire, transformant de simples fissures en crevasses profondes. Les résidus argileux ainsi formés, associés aux anciennes alluvions, ont permis le développement de la végétation. Le Bois de Païolive, composé de chênes pubescents, est considéré depuis longtemps comme l’un des sites remarquables de la Basse-Ardèche.
Au sud, le plateau des Gras et le plateau d’Orgnac, recouverts d’une garrigue à chênes verts et à buis, forment une vaste surface karstique entaillée par les célèbres gorges de l’Ardèche.

La Montagne
La Montagne regroupe trois régions forestières de l’ouest du département : Lugdarès et Mazan, les Sucs et la chaîne des Boutières. Le relief est ici marqué par les hauts plateaux granitiques du Massif Central, dominés par de nombreux sucs volcaniques, comme le célèbre Gerbier de Jonc, où la Loire prend sa source.

Le paysage est composé d’une alternance de pâturages, de grandes landes et de boisements. Le Mézenc, point culminant de l’Ardèche à 1753 m d’altitude, présente un intérêt botanique exceptionnel par sa flore comprenant de nombreuses espèces rares et quelques boisements de pins à crochets (l’arbre se reconnaît aux crochets que possèdent les écailles des cônes). La tourbière du Col du Pendu est remarquable dans l’ensemble des tourbières (sagnes**) du plateau ardéchois. Toute une succession de formations végétales peut y être observée.

A la découverte des forêts d’Ardèche

Le "tour du Tanargue" est une excellente façon de découvrir les paysages forestiers des Cévennes. "De Loubaresse à Largentière, en une journée à pied, on change de monde, pas à pas on quitte l’Atlantique pour la Méditerranée. Arnica et gentiane du matin, thym et mimosa du soir. Vous quittez l’empire des vaches du plateau pour avancer vers les petits royaumes des chèvres et des brebis. Fayards et épicéas barbus, contre oliviers et chênes verts" (extrait du Topo - Guide du GR de Pays).

Les chemins des environs des Vans permettent de bien approcher les deux espèces dominantes des Basses-Cévennes : le pin maritime et le châtaignier, couvrant les flancs du Serre de Barre. Aux environs de Montselgues, des ruches rudimentaires creusées dans des troncs de châtaignier et simplement recouvertes d’une lauze (dalle de schiste) sont encore utilisées. Les forêts communales de Saint-André-Lachamp, Saint-Mélany contrastent avec les "gras" calcaires du Bas-Vivarais voisin. Situées dans la Cévenne schisteuse, elles sont caractérisées par le cortège des plantes méditerranéennes de milieu acide : bruyère à balais, arbousier, ciste à feuille de sauge.

La réserve naturelle des gorges de l’Ardèche est un site protégé ; outre les interdictions habituelles (pas de feu, pas de détritus), le bivouac n’est autorisé que sur deux aires aménagées (Gaud et Gournier). A la limite du département du Gard, le bois des Bartres présente l’originalité d’abriter une forêt de pins de Saltzman, espèce assez peu répandue, présente dans les Pyrénées et d’autres stations, celle-ci étant la plus septentrionale. A l’est, le long de la vallée du Rhône, la forêt de Baix et de Cruas comporte une des rares hêtraies originelles de la zone méditerranéenne. Cette forêt est dominée par le chêne vert et le chêne pubescent, mais l’élément le plus remarquable est le peuplement de hêtres qui subsiste dans le vallon de Ferrand. A l’extrême sud, le défilé de Donzère, en bordure du Rhône, à cheval sur le département de la Drôme, est une véritable antichambre botanique de la Provence. On y trouve la station la plus septentrionale du chêne kermès, formée d’une végétation piquante difficilement pénétrable avec d’autres arbustes typiques de la garrigue provençale , comme le genévrier oxycèdre, le jasmin ligneux, l’aphyllante. L’avifaune* est également méridionale ; il est possible d’y découvrir la fauvette orphée, l’engoulevent, la perdrix rouge.

Le lac d’Issarlès, qui occupe le cratère d’un ancien volcan, est bordé d’une hêtraie parsemée de nombreuses variétés de feuillus et de résineux à découvrir au hasard des randonnées. La région comporte d’importantes forêts domaniales, comme celles de Bonnefoy, Borée, Mazan, Chambon... Ces espaces sont le domaine du hêtre et du sapin, souvent associés au pin sylvestre. Les chemins de la Forêt de Mazan permettent d’admirer une des plus belles forêts de sapins de l’Ardèche. Le sous-bois, composé d’airelles et de framboisiers, est typique des terrains acides et rappelle par bien des aspects celui du massif des Vosges. Les ruines d’une ancienne (1119) abbaye cistercienne se trouvent à proximité.

La forêt de Chap del Bosc est une forêt très riche sur le plan entomologique***. Elle est assez différente des autres forêts du plateau ardéchois du fait des arbres issus d’une sylviculture ancienne, adaptés à la situation géographique et climatique du massif.

Le bois du Bouquet, situé entre la Haute-Vallée de la Borne et le Col de Meyrand est probablement l’un des plus typés des montagnes ardéchoises. Il présente une flore et une avifaune riches et diversifiées, avec en particulier de nombreux rapaces (vautour, épervier, circaète). Ce bois de sapins et de hêtres, peu exploité, à l’aspect très sauvage, peut permettre d’imaginer ce qu’étaient les forêts originelles de l’étage montagnard.

*Avifaune : partie de la faune d’un lieu, constituée par les oiseaux.

**Sagnes : appellation locale des tourbières, désigne également dans le langage populaire une zone humide

***Entomologie : étude scientifique des insectes